Le Sommeil

le sommeil – les maux du XXIème

les maux du XXIème siècle

Faire la lumière sur notre activité nocturne

Le rôle de notre cerveau pendant la nuit reste encore mystérieux, mais il est pourtant déterminant pour notre santé : nous passons près d’un tiers de notre vie à dormir.
Mémoire, apprentissage et métabolisme… même si beaucoup d’hypothèses doivent encore être confirmées, il est parfaitement établi que le sommeil est crucial pour de nombreuses fonctions biologiques.

La fréquence des troubles du sommeil a augmenté ces dernières décennies, touchant un nombre croissant de la population, et interroge l’évolution à venir de notre état de santé.
Le sommeil correspond à une baisse de l’état de conscience qui sépare deux périodes d’éveil. Il est caractérisé par une perte de la vigilance, une diminution du tonus musculaire et une conservation partielle de la perception sensitive.

Lent, profond, paradoxal, les visages du sommeil sont multiples

Schématiquement, le sommeil correspond à une succession de 3 à 6 cycles successifs, de 60 à 120 minutes chacun. Un cycle est lui-même constitué d’une alternance de sommeil lent et de sommeil paradoxal.
Le sommeil lent porte ce nom car il est caractérisé par des ondes lentes.
Il comporte lui-même plusieurs stades : après une phase de transition (N1) de quelques minutes, séparant la veille et le sommeil, la phase de sommeil léger (N2) s’installe. Elle est suivie par une phase de sommeil progressivement plus profond (N3) qui dure plusieurs dizaines de minutes.

Pendant cette période, l’ E.C.G montre la présence d’ondes de grande amplitude et de faible fréquence. L’imagerie fonctionnelle indique une consommation en oxygène réduite et donc un métabolisme cérébral ralenti.
Le tonus musculaire est lui aussi diminué, mais encore partiellement présent, pouvant expliquer les épisodes de somnambulisme (voir plus loin).

Le sommeil paradoxal correspond à une période durant laquelle l’activité cérébrale est proche de celle de la phase d’éveil. Il est aussi appelé période REM (Rapid Eye Movement), en raison de fréquents mouvements oculaires rapides (sous les paupières fermées).

A l’inverse, le tonus musculaire est totalement absent durant cette phase, en dehors de quelques mouvements des extrémités. Parallèlement, la pression artérielle et le rythme respiratoire connaissent de fréquentes fluctuations.
Le sommeil paradoxal est propice aux rêves : il regroupe les rêves les plus intenses et ceux dont on peut garder le souvenir une fois éveillé

les visages du sommeil sont multiples

Le rythme de sommeil n’est jamais figé

Le rythme de sommeil varie en premier lieu au cours d’une même nuit : schématiquement, les premiers cycles sont essentiellement constitués de sommeil lent profond, tandis que la fin de nuit fait la part belle au sommeil paradoxal.
Le sommeil varie également au cours de la vie : le sommeil lent est plus profond durant la croissance jusqu’à l’âge de 20 ans environ.

A mesure que l’on vieillit, le sommeil lent devient plus léger, expliquant l’augmentation des troubles du sommeil avec l’avancée en âge. Parallèlement, le sommeil paradoxal est plus long dans les premières années de vie et se réduit à l’âge adulte. L’environnement, l’hygiène et le rythme de vie jouent un rôle sur la capacité à dormir et à bien récupérer lors d’une nuit de sommeil.

La génétique aiderait quant à elle à différencier les lève-tôt des couche-tard, les gros, des petits dormeurs.
La durée du sommeil profond serait relativement constante, tandis que celles du sommeil léger et du sommeil paradoxal varieraient.

L’endormissement : un phénomène complexe

Le sommeil ne survient pas qu’en raison d’un état de fatigue. L’hygiène de vie, la consommation de substances (alcool, café, drogues…), l’environnement immédiat (lumière, bruit…) peuvent influencer la capacité d’un individu à s’endormir.


éveil-sommeil paradoxal

La phase d’endormissement nécessite plusieurs acteurs :

Processus homéostasiques, qui accroissent le besoin du sommeil à mesure que la période de veille se prolonge.
Processus circadiens, qui visent à synchroniser l’organisme et le sommeil sur l’alternance jour-nuit, rythmicité proche de 24 heures.

Les processus homéostasiques, maître du sommeil lent

La régulation du sommeil dépend d’abord de certains facteurs produits au cours de la journée (interleukine-1, prostaglandine D2, somatolibérine…), dont la pression favoriserait progressivement la survenue du sommeil.
Parmi eux, l’adénosine jouerait un rôle central. Fabriquée lors de l’éveil, son accumulation dans la journée favoriserait le sommeil : elle inhiberait progressivement le fonctionnement cérébral jusqu’au déclenchement du sommeil. Dès lors, l’adénosine est progressivement éliminée au cours de la nuit. Expérimentalement, plus la dette de sommeil est importante, plus le taux en adénosine est élevé et plus les ondes du sommeil lent profond sont intenses.


Le système circadien, maître de l’horloge biologique

Les cellules ganglionnaires à mélanopsine, pigment photosensible

La transmission d’information du cycle jour-nuit de notre organisme dépend des cellules ganglionnaires à mélanopsine de la rétine.
En pratique, on sait aujourd’hui que celles-ci n’ont qu’un rôle partiel sur l’induction du sommeil. En effet, les expériences conduites sur des sujets isolés de la lumière du soleil durant plusieurs jours consécutifs montrent qu’une alternance veille-sommeil proche de celle vécue habituellement subsiste malgré tout.
Le déclenchement du sommeil est donc un phénomène endogène qui est maintenu en l’absence de lumière.
Néanmoins, l’usage tardif d’écrans ou de lumière LED, riches en lumière bleue, stimule ces cellules et perturbe le sommeil.

La mélatonine

L’induction du sommeil dépend également de la mélatonine, appelée hormone du sommeil. Elle est produite en situation d’obscurité, en début de nuit, par la glande pinéale (ou épiphyse), située à l’arrière de l’hypothalamus. A l’inverse, lorsque les cellules rétiniennes perçoivent la lumière, sa synthèse est inhibée. Avec le vieillissement, la production de mélatonine est de moins en moins efficace.

Les gènes horloges

Une quinzaine de gènes horloges s’exprimeraient et se moduleraient en fonction de l’information reçue par les cellules rétiniennes, la mélatonine et autres facteurs synchroniseurs (activité physique, prise alimentaire…).

Exprimés au niveau des noyaux suprachiasmatiques, situés à la base de l’hypothalamus à côté du nerf optique, ces gênes conduisent à la transmission de messages à plusieurs horloges secondaires au niveau cérébral, mais aussi à de nombreuses autres fonctions rythmées par le cycle circadien (production de cortisol, d’ACTH…). Notre horloge interne serait l’organisateur des moments de veille et de sommeil.

Le sommeil, c’est la santé

Le sommeil représente la forme la plus aboutie du repos. Il permettrait ainsi à l’organisme de récupérer, que ce soit sur le plan physique ou mental.
Dans ce processus, le sommeil lent jouerait un rôle particulier puisque les ondes lentes sont d’autant plus intenses et élevées que la quantité ou la qualité du sommeil ont été mauvaises la nuit précédente.
Le sommeil permettrait aussi de réduire le métabolisme et de préserver l’énergie (rôle homéostasique). Ainsi, la température corporelle s’abaisse autour de 36°C durant la nuit.

Sommeil, maturation cérébrale et apprentissage

Les données d’imagerie décrivent qu’un nouvel apprentissage est associé, au cours de la nuit suivante, à l’augmentation du nombre d’épines dendritiques, les excroissances qui connectent les neurones adjacents entre eux et facilitent le passage d’informations de l’un à l’autre.
Ces mécanismes expliquent probablement pourquoi un nouveau-né a besoin de dormir deux fois plus longtemps qu’un adulte.

Sommeil et métabolisme

La privation de sommeil augmente l’appétit en modulant les hormones qui le régulent (leptine, ghréline, oréxine). L’augmentation des apports, combinée à la fatigue et la somnolence diurne, se traduit par une baisse des dépenses énergétiques durant les phases d’éveil, d’où un risque de prise de poids.

Parallèlement, la diminution de la durée de sommeil perturbe le rythme circadien qui régule la synthèse de certaines hormones comme le cortisol ou l’hormone de croissance, impliquées dans le métabolisme du glucose.
Ce phénomène favoriserait l’apparition d’une intolérance au glucose et l’évolution progressive vers le diabète de type 2, indépendamment de la prise de poids proprement dite.

Les troubles du sommeil

Les troubles du sommeil, fléau des sociétés modernes…

Les insomnies


Il n’existe pas une, mais des insomnies : certaines sont ponctuelles, d’autres chroniques. Certaines sont caractérisées par des difficultés d’endormissement, d’autres par des réveils nocturnes ou par une sensation de sommeil non récupérateur.
Elles se distinguent également par la nature de leurs facteurs déclenchant : facteurs cognitifs ou somatiques internes, ou facteurs extérieurs perturbant le déclenchement ou le maintien du sommeil (hygiène de vie, lumière, utilisation tardive d’écrans ou pratique tardive du sport, prise de certains médicaments…).

Les hypersomnies et narcolepsies

L’hypersomnie se caractérise par un besoin excessif de sommeil et des épisodes de somnolence excessive durant la journée, malgré une durée de sommeil normale ou élevée. C’est un symptôme qui touche plus de 5% de la population adulte. Parmi les différents types d’hypersomnie, la narcolepsie, encore appelée maladie de Gélineau, est un trouble de l’éveil rare qui touche 0,026 % de la population et se déclenche essentiellement chez les adolescents et les jeunes adultes.

D’origine auto-immune probable, elle se manifeste par des accès brutaux et irrépressibles de sommeil au cours de la journée, des hallucinations (rêves éveillés) et des attaques de cataplexie (relâchement musculaire brusque).

Les troubles du rythme circadien

Ces troubles surviennent suite au dérèglement de notre horloge biologique. Ceux qui n’ont pas sommeil avant une heure avancée de la nuit présentent un retard de phase, tandis que ceux qui souffrent d’un syndrome d’avance de phase ont des difficultés à rester éveillées au-delà de 19h. Il peut exister des troubles épisodiques, liés par exemple à un décalage horaire.

Des spécificités existent, comme le syndrome hyper-nycthéméral, qui touche les personnes aveugles qui ne perçoivent pas l’alternance veille-sommeil (rythme circadien de 25 heures, au lieu des 24 heures).

L’apnée obstructive du sommeil

L’apnée du sommeil est un trouble respiratoire dont la fréquence augmente avec l’âge, le surpoids et, a fortiori, l’obésité. Durant la nuit, de courtes apnées (de quelques millisecondes à quelques secondes) surviennent en raison de l’obstruction de la gorge par la langue et par le relâchement des muscles du pharynx.
Elles aggravent à terme le risque cardiovasculaire et favorisent, de par les micro-éveils qu’elles induisent, une fatigue et une somnolence diurne.

Les parasomnies

Au cours du sommeil lent profond, les parasomnies les plus fréquentes sont le somnambulisme, le bruxisme (grincement des dents), la somniloquie (paroles), les terreurs nocturnes (fréquentes chez les enfants, à cheval entre le somnambulisme et la somniloquie) ou l’énurésie (pipi au lit).

Au cours du sommeil paradoxal, il s’agit de mouvements violents (Trouble du comportement en sommeil paradoxal, TCSP), de bruits non articulés produits par le dormeur (catathrénie) ou de comportements sexuels inconscients (sexsomnies).

Les parasomnies sont le plus souvent favorisées par des éléments extérieurs qui perturbent l’organisation normale du sommeil : maladie neurodégénérative, stress, fièvre… Les sexsomnies seraient par exemple favorisées par le traitement dopaminergique des sujets parkinsoniens.

Le syndrome des jambes sans repos ou maladie de Willis-Ekbom

Le syndrome des jambes sans repos (S.J.R.S) est caractérisé par un besoin irrépressible de bouger les jambes, associé à (ou provoqué par) des sensations désagréables au niveau des membres inférieurs : on parle parfois d’“impatiences”. Ces symptômes, qui se manifestent habituellement pendant les périodes de repos ou d’inactivité, s’intensifient en soirée et au cours de la nuit.
Ils perturbent l’endormissement et, dans les cas les plus sévères, entraînent des perturbations marquées du sommeil (désorganisation et fragmentation du sommeil).

Franck Lauret
Naturopathe

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